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Katia, jardinière d'enfants de "La Galipette" Imprimer Envoyer
Dimanche, 04 Juin 2006 00:40

Anniversaire d'Olivier Témoignage de Katia, jardinière d'enfants de "La Galipette" (1991)

Il y a déjà cinq ans, j'allais ouvrir un petit jardin d'enfants. Un an de travail avec un petit groupe formé de jeunes parents et voici arrivé le jour des portes ouvertes à "La Galipette".
Peu de temps avant, le téléphone a sonné : "Seriez-vous d'accord d'accueillir un enfant pas tout à fait comme les autres, nous vous en serions tellement reconnaissants".

Ma réponse a été :"Venez me faire une petite visite, ainsi nous pourrons en parler et je verrai votre enfant".
Lors de sa visite, je me suis tout de suite rendue compte d'une différence, non pas physique, car c'était un beau petit garçon, mais il n'avait pas du tout le même comportement que les autres enfants. Il papillonnait dans le jardin et rien de semblait l'intéresser vraiment.

Après discussion avec les parents ainsi qu'avec l'éducatrice itinérante qui les accompagnait, j'acceptais de d'accueillir Olivier à "La Galipette", (avant de dire "non", il faut essayer).

On m'avait parlé d'autisme, je ne connaissais pas ce handicap et je n'avais guère le temps de me documenter, mais ce qui était certain, c'est que pour moi, tous les enfants sont pareils (je les aime tous) et ils doivent avoir les mêmes chances de pouvoir évoluer dans un milieu ludique avec des petits copains du même âge.

C'était difficile, car je constatais qu'il m'était impossible d'entrer en relation avec lui ainsi que de lui imposer les mêmes règles qu'aux autres enfants. Bien sûr, il perturbait la vie de ce petit jardin d'enfants. Il ne faisait rien de constructif, il se promenait, ne parlait pas, touchait des objets, les faisait tomber (il aimait le bruit). Il défaisait tous les puzzles et je ramassais derrière lui. Les autres enfants ayant senti mon désarroi sont spontanément venus m'aider, sans pour antant montrer de mécontentement vis-à-vis d'Olivier.
Il ne restait pas assis autour de la table lorsque nous chantions ou partagions un repas, il s'en allait et, comme il ne répondait pas à mon appel, les enfants essayaient d'aller le prendre par la main pour le ramener vers son tabouret.
Je viens de citer l'exemple qui montre que les enfants étaient prêts à collaborer pour aider Olivier à se sentir bien avec nous. Nous essayerions donc ensemble d'apprivoiser Olivier. Il est certain que celui-ci n'allait pas chercher le contact avec les autres enfants, mais les enfants allaient vers lui. Olivier n'était pas agressif avec ses copains, il acceptait volontiers leur présence et vice-versa.

Observation de son comportement :

  • Olivier avait constamment le nez en l'air à regarder le plafond (et nous observions ensemble le plafond).
  • Au début, il ne parlait pas, puis il poussait des cris, puis on percevait un début de langage !
  • Lorsqu'il faisait des bêtises (il semblait le savoir), il souriait ou se mordait les mains.
  • Quelques fois, je le surprenais à tourner en rond (les autres enfants semblaient ne pas comprendre, alors je leur expliquait qu'il dansait et nous dansions ensemble).
  • Je ne pouvais pas ou peu l'approcher, le prendre dans mes bras et l'embrasser (plus tard, il me lèchera).
  • Il ne me regardait jamais dans les yeux, il fuyait mon regard.
  • Il s'enfermait dans les toilettes (là aussi, la collaboration des enfants se manifestait; ils venaient m'avertir).
  • Il vivait parmi les autres, solitaire, comme dans une bulle.
  • Dehors, il ne restait pas avec le groupe; il partait explorer les environs (ouvrir les portes, etc...).
  • Il reniflait (les objets avant de s'en servir ou la nourriture avant de manger).
  • Il allait souvent tirer la ficelle d'une boîte à musique et cela semblait le rassurer.

Après quelques temps, Olivier connu son environnement et sembla moins angoissé. Je décidai donc de lui donner certaines limites et de tenter d'intervenir en lui imposant des petites activités (d'abord individuellement, puis avec le groupe). Nous faisions des petits puzzles (encastrements). C'était difficile, mais on arrivait au bout (important, car pour lui c'était un signe de victoire et il se montrait très content). Lors de promenades, je lui donnais un moment la main, même s'il était réticent, puis le je laissais libre tout en ayant l'oeil sur lui. Bref, petit à petit, j'amenais Olivier à participer à notre vie de groupe dans de meilleures conditions.
J'étais devenue la personne de référence, il me faisait confiance (souvent, Olivier testait mes réactions).
Lorsqu'une stagiaire venait à "La Galipette" et qu'Olivier ne la connaissait pas et qu'elle restait seule une petit moment avec le groupe, il régressait complètement et retombait au point zéro.
Il avait besoin de se sentir en sécurité, retrouvant toujours les mêmes personnes (adultes), les mêmes enfants et surtout, de retrouver les mêmes structures dans ses activités. Il avait besoin de se sentir dirigé, de suivre un certain rythme (jeux libres, chants - Olivier aime beaucoup la musique - repas, toilette - mains et dents - rondes ou bricolages).
C'est cette structure que nous utilisons à "La Galipette", je n'ai pas changé l'organisation pour Olivier : c'est lui qui s'est adapté.

Ce que j'ai fait pour arriver à cette intégration :

  • J'ai collaboré avec les parents d'Olivier pour mieux comprendre (visites, repas partagés), aec l'éducatrice itinérante pour savoir si j'agissais juste (car j'ai beaucoup travaillé avec mon intuition et mon amour).
  • J'ai expliqué aux autres enfants et leur ai fait prendre conscience qu'il y avait quelques fois des enfants différents mais qu'ils avaient eux aussi le droit de jouer, de bricoler, de chanter, d'avoir des copains et d'être aimés. Je pense que si les adultes (la maîtresse, les parents, les gens) sont compréhensifs et acceptent l'efnant tel qu'il est avec son handicap, tout en essayant de le faire évoluer, bien entendu, cela passe très bien au niveau des autres enfants.
  • J'ai parlé avec les parents des autres enfants qui ne comprenait pas toujours ce petit garçon qui venait les prendre par la main en regardant en l'air pour les emmener nulle part.
  • Et enfin, je suis certaine qu'avec de la compréhension, de la patience et surtout beaucoup d'amour, l'intégration d'un enfant autiste est tout à fait possible dans notre société. Ceci dès le jardin d'enfants, puis à l'école où, ensemble, les enseignants et les parents mettent en commun une structure qui réponde aux besoins spécifiques de l'enfant handicapé. Ils nous apportent eux aussi des satisfactions et des joies merveilleuses.